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Art Déco : quoi acheter, quoi éviter et comment reconnaître un vrai Ruhlmann

Le mobilier Art Déco est la catégorie la plus opulente du marché du design de seconde main, ce qui en fait la plus intimidante à aborder. Voici un guide accessible sur cette période, les créateurs à rechercher et comment éviter les pièces de la renaissance des années 1980 qui sont souvent mal étiquetées.

Whoppah Editorial

L'Art Déco a connu son apogée entre 1920 et 1939, et la réponse honnête pour la plupart des acheteurs est que les grands noms parisiens sont hors de portée : tout ce qui est signé Ruhlmann se situe à cinq et six chiffres, et les originaux de Jean-Michel Frank commencent autour de 15 000 euros. Ce qui est réellement achetable, c'est la tranche de 1 500 à 4 500 euros sur Whoppah, qui contient de vrais meubles d'époque issus de vrais ateliers parisiens et italiens, plus des noms plus abordables comme Andre Sornay entre 2 500 et 8 000 euros. Le piège à éviter, ce sont les meubles revival des années 80 en MDF plaqué fin, souvent étiquetés à tort comme meubles d'époque. L'Art Déco connaît chez nous des hauts et des bas ; nos curateurs voient l'intérêt grimper autour des grandes ventes aux enchères puis retomber, et les mois qui suivent sont la meilleure fenêtre pour acheter.

Ce que signifie vraiment l'Art Déco

L'Art Déco a atteint son apogée entre 1920 et 1939. Le nom lui-même est apparu rétroactivement, une abréviation de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris en 1925. Il est important de le savoir, car le terme « Art Déco » a été appliqué à tant de meubles ultérieurs que les frontières originales sont devenues floues.

Visuellement, la période est reconnaissable entre toutes une fois que vous avez vu quelques pièces authentiques. Symétrie géométrique. Placages exotiques (ébène de Macassar, loupe d'amboine, palissandre). Incrustations de laiton et de nacre. Surfaces laquées d'un noir ou d'un vermillon spectaculaire. Détails à la feuille d'argent. C'est l'opposé des courbes de l'Art Nouveau. Le Déco, ce sont des angles droits, des pyramides à degrés et des motifs en rayons de soleil.

Le mouvement fut d'abord parisien. Les maîtres étaient français : Émile-Jacques Ruhlmann, Eugène Printz, Jules Leleu, Jean-Michel Frank. La période après 1929 a vu le style se démocratiser grâce aux fabricants américains (Donald Deskey, Paul Frankl), s'intégrant dans les intérieurs de paquebots, les cinémas et le mobilier domestique de meilleure qualité.

Les noms à collectionner

Si vous regardez l'Art Déco sur Whoppah, voici les noms qui comptent. Je souhaite vous donner des estimations de prix honnêtes, et non les fourchettes lissées des maisons de vente aux enchères.

  • Émile-Jacques Ruhlmann, le designer Art Déco le plus cher aux enchères. Toute pièce signée de sa main atteint des montants à cinq ou six chiffres, et elles apparaissent rarement.
  • Jean Dunand, maître laqueur. Ses panneaux et paravents se situent dans la catégorie des six chiffres.
  • Jules Leleu, plus accessible que Ruhlmann, de facture tout aussi excellente. Son mobilier se négocie entre 4 000 € et 20 000 €.
  • Eugène Printz, sculptural, bois rares, détails en laiton. De 5 000 € à 25 000 €.
  • Jean-Michel Frank, le minimaliste du Déco. Son fauteuil Comfortable Club a été réédité par Ecart International. Les originaux se vendent à partir de 15 000 €.
  • André Sornay, de Lyon, plus abordable, structurellement ingénieux. De 2 500 € à 8 000 €.
  • Maxime Old, Art Déco tardif, actif jusque dans les années 1950. De 3 000 € à 10 000 €.

Les pièces signées de ces noms sont généralement accompagnées de documents de provenance. Cherchez l'estampille du créateur sous la pièce (celle de Ruhlmann est un monogramme stylisé avec le numéro de l'atelier) ou les reçus originaux de la Galerie Vendôme et des autres galeries de l'époque.

Comment reconnaître un vrai Ruhlmann ?

Il existe trois tests sur le terrain, et il est utile de les connaître même si vous n'envisagez pas d'en acheter un, car ils affûteront votre œil pour toute la période.

Premier test : le poids. Ruhlmann commandait les substrats d'acajou et de chêne les plus denses possibles, qu'il plaquait ensuite d'ébène de Macassar. Une petite commode de Ruhlmann pèse environ deux fois plus que ce que sa taille suggère. Les contrefaçons utilisent des substrats plus légers et semblent creuses lorsqu'on les incline.

Deuxième test : la qualité des incrustations. Les incrustations d'ivoire de Ruhlmann (principalement de l'ivoire d'éléphant avant que le commerce ne soit restreint, certains ateliers sont passés plus tard à l'ivoire de mammouth) sont ajustées avec une tolérance de l'épaisseur d'un cheveu. Regardez les coins. Si vous pouvez voir l'incrustation bouger dans sa rainure, même légèrement, ce n'est pas de lui. Les originaux ne bougent jamais.

Troisième test : le dessous. L'atelier de Ruhlmann marquait sa production d'une estampille au fer chaud montrant ses initiales entrelacées, le numéro de l'atelier et souvent l'année de production. L'estampille se trouve à un endroit précis selon le modèle. Il existe un catalogue raisonné publié (Ruhlmann de Florence Camard) que les acheteurs vraiment sérieux dans cette catégorie devraient posséder.

Deux risques majeurs sur ce marché

Je tiens à signaler les problèmes que je vois le plus souvent, car ils sont plus faciles à éviter une fois qu'on les connaît.

Le premier est la renaissance des années 1980. Le postmodernisme des années 1980 a produit d'énormes quantités de meubles de style Déco : massifs, laqués, souvent sur des substrats en MDF avec un placage fin. Ces pièces ont leur propre charme modeste, et je n'ai rien contre elles. Mais il ne faut pas les confondre avec les œuvres de la période des années 1920, ce qui arrive parfois sur les marketplaces ouvertes. La curation de Whoppah fait clairement la différence. Si vous achetez ailleurs, interrogez le vendeur sur le poids du substrat et l'épaisseur du placage, en termes simples. Un vendeur honnête saura vous répondre.

Le second est la sur-restauration. Le mobilier Art Déco d'époque présente souvent des dommages de finition dus à un siècle de polissage, d'humidité et d'utilisation. Une restauration de bon goût est acceptable. Enlever entièrement la finition d'origine et la refaire avec une laque moderne détruit la valeur, car ce qui rendait la pièce intéressante était la profondeur de la laque originale. Si un Ruhlmann ou un Leleu en vente semble neuf, demandez pourquoi. Il y a généralement une réponse honnête, mais cela vaut la peine de vérifier.

Ce qui est raisonnablement accessible

Si vous souhaitez vivre avec le style de l'époque sans le budget d'un Ruhlmann, voici vers quoi je vous orienterais. Des pièces de Sornay. Des enfilades Art Déco françaises anonymes en palissandre. De l'Art Déco italien de créateurs comme Vittorio Dassi ou Paolo Buffa. La fourchette de 1 500 € à 4 500 € sur Whoppah contient de véritables meubles Art Déco provenant de vrais ateliers parisiens (ou italiens). Simplement pas des ateliers de renom. Ces pièces sont excellentes, et vous ne payez pas la prime Ruhlmann.

Pourquoi les prix de l'Art Déco ne baisseront-ils pas ?

L'Art Déco a été la dernière période où l'ébénisterie européenne était réalisée selon des standards de musée pour des clients particuliers. La combinaison des matériaux, du travail manuel et de l'ambition du design n'est pas reproductible aujourd'hui. Les coûts de main-d'œuvre à eux seuls placeraient une commode Ruhlmann de 1925 bien au-delà de 100 000 € si vous tentiez d'en commander une neuve. C'est la raison structurelle pour laquelle les prix du Déco se maintiennent.

Si vous pouvez vous permettre une petite pièce (une table d'appoint, une chaise, un miroir), elle survivra à tous les autres meubles que vous possédez. Et elle ancrera discrètement une pièce d'une manière que les pièces plus récentes ont du mal à faire. C'est la perspective qui m'aide lorsque je conseille des amis. Elle pourrait vous aider aussi.

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